Entre modernité et tradition : hommage à la culture KANAK

Cap sur Nouméa, à 17000 km de la métropole,  je vous emmène au centre culturel Tjibaou que j’ai eu la chance de découvrir dans le cadre du Festival WAAN* Danse.

Le site est immense.

En vous promenant vous découvrez les constructions les unes derrières les autres, au milieu d’une végétation touffue. Courbées vers le ciel, ou regardant la mer, elles s’harmonisent parfaitement avec une nature forte et bien présente. Les constructions évoquent ainsi les grandes cases traditionnelles Kanak, des tribus de Nouvelle-Calédonie.

Elles s’étirent et s’effilent vers le ciel vous donnant une impression d’inachevé ou plutôt, de continuité dans le temps. Une oeuvre qui vous parle d’hier et d’aujourd’hui.

Ce lieu est vraiment fort de sens.

Il vous touche, vous lie à la terre et vous laisse en toute quiétude.

Lorsque la nuit tombe, les structures faites de lignes de bois d’iroko semblent évoluer et jouer avec la lumière du soleil descendant. Elles paraissent de plus en plus métalliques renforçant leur aspect moderne et technique.

La nuit, l’éclairage les transforme et révèle dix constructions colorées, une rouge, une verte, une violette,… disposées en arc.

Je viens de découvrir une des oeuvres majeure de l’architecte Renzo Piano*. 

Ce projet allie parfaitement modernité et tradition, dans le plus grand respect de son environnement. Rien de mieux pour ce centre qui porte le nom du leader indépendantiste Jean Marie « Tjibaou », celui qui souhaitait un lieu privilégié pour promouvoir la culture Kanak. Le Centre Tjibaou a été inauguré le 4 mai 1998, date anniversaire de sa disparition, après un peu plus de trois années de chantiers.

Configuration spatiale :

Le centre Tjibaou est réparti sur 8 hectares. Il est constitué d’un bâtiment de 6700m2 et de dix hautes structures, disposées en arc, sur 230 mètres de long. Cette configuration originale et bien pensée, lui permet d’être un centre polyculturel comprenant à la fois : un musée, une médiathèque, un centre de spectacle, un pôle de recherche et de création ainsi qu’un parc paysager et botanique.

Le centre se situe entre la baie et le lagon. Il est exposé aux risques sismiques et aux forts alizées. L’envergure de chacune des structures hautes qui le composent, est savamment calculée pour pouvoir y résister. Les plus petites structures font 20m de haut pour 55m2, les moyennes 22m de haut pour 92m2, les plus grandes 28m de haut pour 140 m2. De plus, elles sont faites de pleins et de vides. Ce qui permet la circulation de l’air frais, une climatisation naturelle idéale.

Les dix structures se répartissent en trois villages.

Le village 1, dit Kanak consacré aux cultures traditionnelles et modernes du Pacifique, se compose d’une petite structure, de deux moyennes et d’une grande.

Le village 2, consacré au média et à l’art contemporain, regroupe deux petites structures et une grande.

Le village 3, consacré à la rencontre et la réflexion, se compose de trois structures intitulées respectivement « vivre », « parler », « raconter »; deux petites et une grande.

Chaque village est relié par l’allée centrale, véritable épine dorsale du projet harmonisant l’intérieur et l’extérieur.

Credits photo © wikipedia

Matériaux et techniques :

On pourrait qualifier cette architecture de vernaculaire, alliant à la tradition les techniques nouvelles et des matériaux modernes.

Le bois imite parfaitement les essences de bois locales et les constructions prennent avec le temps la couleur des troncs de cocotiers. Mais il s’agit là de bois d’iroko, un bois imputrescible, importé d’Afrique. La technique est moderne. C’est celle du lamellé-collé et la structure intérieure est en acier inoxydable. Chaque « case » nécessite ainsi environ 300 m3 de bois et 5 tonnes d’acier pour sa construction. Toutefois, du point de vue structurel et formel, il s’agit de techniques de résistance de l’architecture traditionnelle Kanak.

Credits photo © wikipedia

Pour en savoir plus : journal télévisé sur l’inauguration du site

WAAN signifie racine en langue nemi

* L’architecte Renzo Piano est connu entre autres pour ses projets novateurs comme par exemple, le centre Georges Pompidou à Paris (1977) ou encore l’aéroport  Kansaï d’Osaka au Japon (1994).


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